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Cadre et analysabilité
Cadre, cure et désidentification

Raquel Z. de Goldstein
Février, 2002.


Freud nous dit, dans l'Abrégé de la Psychanalyse, 1938,
( page 40):
"Un pacte est conclu"
"Or, c'est là justement ce que le moi du psychosé n'est plus capable de nous donner car il ne saurait être fidèle à notre pacte,"…"Nous constatons alors qu'il faut renoncer à essayer sur les psychosés notre méthode thérapeutique. Peut-être ce renoncement sera-t-il définitif, peut-être aussi n'est-il que provisoire et ne durera-t-il que jusqu'au moment où nous aurons découvert, pour ce genre de malades, une méthode plus satisfaisante".
"Cependant il existe une autre catégorie de malades psychiques, en apparence très proches des psychosés, je veux parler de l'immense foule des névrosés gravement atteints. Les causes aussi bien que les mécanismes pathogéniques de leur maladie doivent être identiques ou tout au moins très semblables à ceux des psychosés. Mais leur moi, malgré est moins désorganisé, plus résistant. En dépit de leur troubles et des dommages qui en résultent, un grand nombre de ces malades restent encore dans la vie réelle et se montrent disposés à accepter notre aide. C'est leur cas qui doit nous intéresser et nous verrons jusqu'à quel point et par quelles voies nous pourrons les "guérir"".


De l'épigraphe freudien, il se dégage une forte allusion à ce que nous appelons états borderline et pathologies graves, et un défi: chercher avec Freud et les post freudiens," jusqu'à quel point et par quelles voies nous pourrons les "guérir". C'est un bon centre pour le travail que nous nous proposons de réaliser aujourd'hui: la recherche d'un "autre plan plus convenant"…, ce qui, à mon avis, nous renvoie à hiérarchiser à l'intérieur de la psychopathologie une sorte de cadre intermédiaire, entre le cadre classique, propre aux névroses de transfert, et le travail psychanalytique avec les névroses narcissiques. Trois zones ou domaines qui, à mon avis, se superposent dans notre clinique actuelle.
La situation analytique est délimitée par ce que nous appelons setting ou cadre.
Cet encadrement, fixe et stable, crée un contexte pour le développement des phénomènes du champ de la rencontre. Le contexte ainsi qu'un contrat convenu, -d'un commun accord, bien qu'avec réserves et divers fantasmes de la part de l'analysant- va permettre de mettre en scène par la voie de la régression l'autre contexte, celui des temps constitutifs. L'axe de ce contexte fondateur, comme je l'appellerais, c'est "l'autre préhistorique inoubliable" (Freud, "Lettre 52")
Cet "autre" serait incarné par l'analyste, qui s'offre, par le fait de se placer comme arrière-fond et support du cadre, équipé de son écoute spécifique et de sa rêverie bionienne.
Cet artifice (4) unique, le cadre ainsi conçu, découpage virtuel espace temporel, à la rigueur utopique et atemporel, "prépare la scène", en attendant d'être habité par un très spécial couple de rêvants, analyste et analysant en transfert.
C'est ce que Freud a inventé et ce qui en demeure la clef.
Tout ce que nous faisons en tant qu'analystes depuis l'instant de la première intention de celui qui demande un traitement c'est de pourvoir, artisanalement -dirait W. Baranger - au maintien, asymétrique, de cette espèce de décor qui attend le commencement de l'œuvre.
En attendant, c'est avec notre cadre et notre théorisation flottante(2), que nous conduisons la situation analytique, "à l'écoute de…".

Le primitif dans les pathologies graves
"Rêver encore", métaphoriquement et littéralement, avec et pour quelqu'un, ce qui comportera le risque de reprendre les expériences vécues de l'écroulement, et les fils enchevêtrés de la trame psychique avortée, en essayant ensemble d'habiter à nouveau la zone transitionnelle, activité perdue au cours des multitraumas des misfits initiaux, ceux qui ont généré un trauma.
Nous savons qu'avant le collapsus de la pensée qui précède l'effondrement -breakdown, selon Winnicott - les risques de l'irréversibilité accompagnant les vécus de douleur psychique à l'état de détresse, favorisent l'instauration de certains types de défenses et de parapets. Se sont les enfermements autistiques et les fantasmes sexuels(23), que l'on considère essentiels pour l'auto-soutien et la survie psychique(23).

Le cadre impossible
Il s'agit d'un complexe de défenses schizo-autistes; se sont quelques unes des bases des névrosés gravement atteints, dont nous parle Freud. Peut-être le vaste groupe des structures non névrotiques, inclassables, inanalysables?…, dont nous nous proposons de traiter ici le cadre impossible.
Il est bien connu que le cadre est considéré comme une partie, peut-être la plus fixe, de la situation analytique. La partie ainsi fixée, stabilise un encadrement devant permettre à l'analyste d'approfondir les variables. Classiquement, il consiste à respecter ces normes, qui en tant que présupposés explicites doivent être respectées par l'analysant et par l'analyste pour initier les entretiens et le projet convenu. Ceci n'a presque pas lieu dans ce type de pathologies; tout bouge, sauf l'intention de comprendre et de soutenir la situation, d'une part, et la demande de secours, de l'autre.

Mais, en outre, plusieurs cadres sont en jeu
Tous ne sont pas fixes ni stables, ni conscients. Cela fait partie de la complexe situation que nous voulons débattre aujourd'hui, en portant notre intérêt sur les frontières de l'analysabilité.
Nous pouvons reconnaître plusieurs cadres mis en jeu dans le champ psychanalytique qui se génère au moment où s'établit la relation analysant -analyste. L'analysant accepte manifestement le cadre que lui propose l'analyste. Mais ce cadre est très différent de celui qu'il espère inconsciemment trouver et où il espère pouvoir s'établir. Ceci ne sera mis en évidence et transformé en matériel à élaborer que quand il se produira, pendant la cure, un certain "défaut" du cadre, de la part de l'analyste. Sinon il restera muet, et l'analyste devra faire face à un autre type de défi pour le détecter. D'autres cadres se trouvent du côté de l'analyste: l'un est dans son attitude professionnelle, l'autre peut surgir dans son contre-transfert comme partie des désirs qui animent le champ dynamique de la cure(4) (5).
À la suite des travaux comme celui de J. Bleger(10) et autres, ont commencé à être étudiées certaines caractéristiques de la situation analytique, en apparence aptes à contenir des expectatives d'un type de lien et de communication de modalité primitive(23),. Ces expectatives initialement muettes dans le cadre, et dont l'évolution clinique, comme nous l'avons dit, est liée aux défauts ou à certains changements de l'analyste et de son cadre, se manifestaient de manière surprenante, n'ayant pu s'intégrer au cours du processus. Tout simplement elles n'existaient pas en tant que matériel. Elles, qui se trouvaient capsulées et actives à l'intérieur du cadre, se manifestent soudain comme un type de fantasme particulier et spécifique - vécu consciemment ou inconsciemment-, dans l'ambiance ou "milieu" du cadre, provenant du bastion individuel (W.Baranger)(9), ou bien, comme bastion partagé, de l'analysant et de l'analyste, c'est-à-dire, comme bastion du champ (M. et W. Baranger) (5).
Ces découvertes et d'autres corrélatives ont contribué énormément à l'élargissement du champ de la clinique sans dilution de la spécificité de la psychanalyse.
Nous avons de bonnes raisons pour penser que lorsque Freud remarque, par exemple, que l'analysant "voit en lui (chez l'analyste) le retour,- réincarnation - d'une personne importante de son enfance, de son passé et pour cette raison il lui transfère "des sentiments et des réactions qui certainement se réfèrent à cet archétype", il ne s'agirait pas seulement d'un membre du couple parental, mais de cet autre préhistorique inoubliable dont la place clinique et la signification métapsychologique enrichissent la recherche sur les borderline et sur les pathologies sévères de la psyché ou du soma, vers lesquels va être dirigé cet autre type de transfert. Des réclamations…, muettes et tacites au commencement, n'agissent que d'une façon illusoire et restent enkystées "dans" le cadre comme contenant fonctionnel(16). Seulement lorsque l'analyste incarne, et qu'il en est conscient, cet autre qui est aussi celui de l'amour inoubliable, avec ces espoirs et sa nostalgie érotico-narcissique, celle de la rêverie primitive, pourra reprendre, à partir de ses ruptures et de ses fragments, le travail de la figurabilité dont nous parle Botella.
Un défi encore plus complexe, nous est présenté par l'état clinique de "ces névrosés (qui même s'ils) se montrent disposés à accepter notre aide" se trouvent toujours prisonniers de la terreur qui accompagna leur collapsus, et sont donc "experts" dans le travail de désobjectalisation (18) et non- changement, selon J. G. Badaracco (15).
À cet égard, Freud nous rappelle que "il y a parmi les névrotiques des personnes chez qui, à juger d'après toutes leurs réactions, la pulsion d'auto-conservation a subi ni plus ni moins qu' une transformation (Verkehrung)" .
Même ainsi, nous l'écoutons, il y a toujours quelqu'un -dirais-je- qui raconte et qui hait, quelqu'un qui désire raconter -même si le récit humiliant apparaît tellement déformé, par l'amour du Maître-, qu' à la façon d'un Schreber moderne, cache sa honte d'aimer ainsi et attend… quelqu'un qui acceptera de le sentir et de le penser avec lui, si souvent…
Pour ce Schreber moderne, témoin impuissant et solitaire d'une félonie, d'un crime de lèse humanité, - sur la base d'un trauma présexuel, individualisé par Freud très tôt -, c'est un espoir compter sur quelqu'un qui, même en étant difficilement fiable, semble offrir le secours ému et "disable" de cet abus, de cet horreur secret, d'avoir été la proie impuissante dans les misères d'une certaine jouissance, chez l'autre, pourtant aimé et indispensable… (ici nous pensons aux idées sur un "inceste accompli", d'après S. Leclaire)(21) (6).
Ce cadre virtuel, et extrêmement privé que nous offrons, théâtre d'essai, où l'affect, le vécu et la parole se tisseront lentement, est assumé par les deux parties, même si "le fou", "le jouisseur de l'immolation" veut démontrer qu'il est trop tard, que rien n'importe…, mais c'est faux. L' heureuse expression de J.B. Pontalis, titre d'un article: "Non. Deux fois non"(25) nous aidera à éloigner, dans le contre-transfert, le fantasme du renoncement , le recours à la réaction thérapeutique négative.
Ici, dans cette dimension du masochisme intronisé, matrice de la psychopathologie du quasi-inanalysable, commence cette lutte presque interminable, avec un survivant anesthésié face aux efforts de l'analyste pour avancer dans la dévolution de l'angoisse motrice, expulsée infiniment avec horreur. La seule chose qui l'intéresse c'est d'avoir un témoin de sa douleur, de son humiliation et de son impuissance, quelqu'un qui aura vu et senti ce qui lui est arrivé, avant de devenir un mort vivant et de se rendre au Maître. Mais,… il conserve des traces de souvenir qu'il regrette encore et c'est là notre recours: le plaisir dans l'expérience et dans la pensée ("La structure de la méchanceté", Ch. Bollas) (11).
Il faudra attendre, notre esprit dans le cadre, l'apparition d'une bonne raison pour céder ce bastion, peut-être…
Nous constatons la superposition des zones, en apparence claires et distinctes, du cadre des névroses de transfert et de l'hasardeuse et artisanale thérapeutique des névroses narcissiques.
Le cadre de ces autres variables de la clinique et du cadre de l'attente, dont les phénomènes de transfert contre-transfert se déploient dans cette zone ou cadre intermédiaire d'oscillations et de superpositions, réclame beaucoup de l'analyste, parce que ces personnalités, douées d'une forte capacité moiïque et d'une présence efficace dans le monde, déçoivent, ou tentent de transmettre leur anesthésie à l'analyste, en affectant son désir de désir.
Pirandello, face à sa mère morte, pleure et comprend qu'il a perdu qui le pensera…
Identification et désidentifications
Ces effets des variations cliniques de la mère morte (19), et de la mère imprévisible, (concept winnicottien fondamental pour les cadres graves et borderline) se mettent en évidence dans les relations entre le trauma et les déchirements, altérations ou "déformations du Moi" des analyses qui paraissent ne jamais commencer. C'est dans l'histoire des traumas et dans les généalogies, que nous plaçons son corollaire: l'identification au persécuteur, berceau des identifications pathologiques et pathogènes, aliénation sur laquelle nous travaillons dans la cure, en cherchant lentement la désidentification à travers l'insupportable objectivation désaliénante. Il s'agit de rendre supportable une immanquable autotomie narcissique(8).
Ces ébranlements du contexte fondateur sont centralisés sur la douleur psychique, affect qui affecte l'activité d'une pensée représentationnelle.
L'analyste, préservé et avec le recul affectif adéquat, toujours en récupération, en plus de se charger des souffrances rapportées à la réalité actuelle-, écoute, en essayant de penser et de dire le non-dit impensable et de lier le sujet dans une représentation de soi, pour un autre.
Nous savons que lorsque nous parlons nous créons aussi une histoire, une version susceptible de servir au patient.
? "Nos ressources aujourd'hui" (ce que nous faisons jusqu'au moment d'entrer dans l'autre scène)
Est-ce- que nous nous demandons - avant d'accepter en consultation les pathologies de bord, les états inclassables - si nous devons choisir entre un modèle de l'appareil psychique fermé, ou ouvert, ou entre une approche ambiantaliste ou instinctiviste, ou forcer -à mon avis - une discrimination pulsion/objet, ou encore différencier prégénitalité/génitalité, pour accompagner dans un état créatif contre-transférentiel la compréhension de l'intimité des processus de "cette sorte d' anormalité"?(23)
Est-ce que nous nous demandons si l'intensité de ces débats, hiperactuels, s'il en est, doivent nous empêcher de continuer à penser la clinique de frontière, la clinique des bords du Moi, d'un Moi qui par définition, est en soi "un phénomène de bord", de cet "actuel" plus exposé aujourd'hui à ce que Giorgio Agamben explore dans les effets de la destruction de l'expérience?(1) C'est la clinique du malaise, mais muet, et du collapsus de l'imagination engourdie par un état clinique de fragmentation et de survivance.

Le cadre: la réalité suspendue et "l'autre scène"
Pouvons nous -au moyen d'un cadre en transition, assoupli et dont l'élasticité puisse s'étayer sur l'esprit de l'analyste, en ajoutant la disposition qualifiée de l'analyste actualisé aussi dans la clinique explorée par Winnicott et beaucoup d'autres - tenter une expérience qui cherche, avec les mots de O. Manonni(22), au moyen de l'adéquation d'un espace pour les fantasmes, réussir un suspens de la réalité comme au théâtre? C'est là notre proposition, lorsque….
Du côté de l'analyste, nous travaillons à l'intérieur du cadre virtuel, en attente de l'employer pour rêver.
Freud est assez optimiste: il explique que le cliché "ne se maintient pas tout à fait immuable face aux impressions récentes" . La psychanalyse est aussi déconstruction.
La lutte s'engage. Et les coupures, le paiement des séances et le fait qu'ils parlent (7), imposent jour après jour l'attraction de la réalité de la vie, le Aha-Erlebniss, l'ananké freudien, par dessus le cliché pathogène(12), qui ne commande que la répétition, la compulsion et la régression dans une trame serrée de passions pulsionnelles. Enfin, l'entrée dans l'autre scène, va inaugurer cet état de songerie, de rêve en état éveillé espéré, au sens où l'entend Freud dans "Der Dichter und das Phantasieren".
Les phénomènes transitionnels et la rêverie créent la topique dans laquelle ceux-ci commenceront à travailler. Tout seul, en présence de l'analyste qui accompagnera pour soutenir avec l'analysant l' ourdissage des vécus comme expériences pensables. Ils articulent une narration et un argument causal, historisable et personnel.

Une brève vignette clinique
Ce fragment va nous permettre de penser à certains processus de cette clinique qui, comme dans le magnifique récit de Guntrip sur sa deuxième analyse avec Winnicott, signalent la recherche de "quelque chose qui n'allait pas encore tout à fait bien chez lui", à la suite d'une longue et satisfaisante analyse avec Fairbairn(20).
Il s'agit dans ce cas, -qui partage quelques similitudes avec ce que je viens de vous rappeler en rapport à Guntrip-, d'une jeune femme qui m'appelle tout simplement pour un entretien. Lors de cet entretien, elle me raconte calmement, -bien que sur un ton légèrement dépressif et monocorde, et avec un évident désir craintif de me regarder dans les yeux, trait particulièrement significatif que nous avons pu récupérer après quelques mois de travail, lié à sa terreur face au tempérament violent et imprévisible de la jalouse mère de son enfance-, qu'elle vient me chercher pour travailler avec moi, spécialement motivée par une scène qu'elle a vue et qui est restée présente à ce jour dans son esprit. La scène qu'elle me décrit à trait à une circonstance -qu'elle observe de loin -, dans laquelle ma fille et moi nous nous approchons et puis nous maintenons un dialogue dans un espace ouvert. Elle l'a retenue comme une scène particulièrement chaleureuse, -mot qu'elle utilisera beaucoup - qui éveille en elle le désir d'éprouver une expérience de la sorte. C'est pourquoi elle a eu longtemps l'idée de me chercher: elle insiste sur ce point. Cette belle jeune femme, qui reconnaît être un peu timide, mère et professionnelle réussie, me raconte que pendant plusieurs années elle a été en analyse avec une fréquence classique hebdomadaire, avec un psychanalyste qu'elle définit comme kleinien, et envers lequel elle se sent reconnaissante -elle me dit de façon convaincante- par les résultats curatifs tels que la disparition d'angoisses graves, et de certains fantasmes expérimentés dans sa jeunesse. Parmi les motifs qui l'ont poussée à consulter, elle explique aussi sa préoccupation par une attitude de blocage affectif et érotique, qui surgit lorsqu'elle suppose qu'il existe "une autre". Non seulement elle se rend compte de sa réaction, mais c'est ce qui la pousse à vouloir approfondir le sujet. Elle reconnaît un certain degré de souffrance, ce que nous constatons. C'est aussi une des raisons qui la mènent à me consulter. Je dirai, brièvement, que sa naissance a eu lieu dans une atmosphère teinte par la mort d'un être très proche, peu de temps avant d'avoir été engendrée. Il faudra ajouté la naissance d'une sœur peu de temps après elle. L'idée que nous avons découverte ensemble, - en travaillant face à face, et parce qu'elle l'avait demandé, dans une séance hebdomadaire prolongée - c'est: "je veux entrer dans cette scène, avec cette analyste femme - avec cette mère que j'ai vue interagir avec sa fille - pour moi". Elle vient pour essayer de résoudre comme Guntrip, la cause de ce "quelque chose qui n'allait pas encore tout à fait bien chez elle".
Winnicott et son cadre, et la crainte d'une envie de jouir d'un avantage soupçonné dans un état de régression à la dépendance, semblent expliquer ce besoin tardif de réanalyse (26).
Ce n'est pas par hasard, - et nous sommes nombreux à explorer cette voie ouverte-, que Bleger(10), en 1966, commence son article germinateur, par une alliance capitale avec Winnicott.

Quelques conclusions provisoires
La "notion de matériel"(3) s'est vue notamment élargie grâce à la reconsidération de W. Baranger, ce qui a encouragé l'étude de la situation analytique comme champ dynamique.
Cette idée entraîne la primauté clinique et théorique de la métaphore du gribouillage, le jeu du squiggle, notre shibboleth clinique, clef pour nous aventurer dans ce que nous pourrions appelé troisième cadre dynamique intermédiaire.
Les perspectives du champ transférentiel-contretransférentiel de cette clinique "en attente de…", rééditent la dimension structurante du jeu et du contre jeu maternel. Voici le jeu qui peut réouvrir l'espace "potentiel", utopique et atemporel, et les conditions pour l'exercice de la capacité métaphorique et discursive, qui accompagne -comme dans le jeu de la bobine-, l'inscription de la "récupération" de l'objet perdu. C'est grâce à la force clinique de cette alliance croissante entre un artisan et "un apprenti d'artisan", que se met en tension productive le travail sur le signifiant.
L'analyste, afin de soutenir cet état - inhérent au cadre virtuel et à sa dimension psychique singulière -, active une sorte de switch technique instantané -acquis à préserver constamment -, qui lui permettra également "d'entrer et de demeurer dans cet espace-temps" sans temps ni espace, prologue atemporel et utopique d'une rêverie ensemble (14). Cela comporte un certain écart ou repli de l'analyste, en tant que spectateur participant dans une sorte de théâtre privé, techniquement inventé ad hoc pour la cure humaine. Il attend, dans cet état, les indices pour pouvoir intervenir. Savoir si nous sommes dans la scène de la réalité, ou déjà dans "l'autre scène", selon les paroles de O. Manonni, c'est là tout ce qui importe.
L'attente, la conduite et la décision d'intervenir est artisanale, dans un sens qui s'opposerait à technique, -comme situation expérimentale, rationnelle-, le contraire d'un modèle rigoureusement objectif, idée prédominante au début à cause de la formation de Freud, et à laquelle il a du faire face à partir de son écoute du désir de l'hystérie et du cas Dora.
C'est dans le travail clinique de cet espace virtuel, potentiel et artisanal, que se donnent les conditions appropriées pour l'expérience de la perte représentable; là, dans le champ de l' ici et du maintenant du "jeu", dimension du comme si, le travail sur le signifiant et la bobine est celui qui contribue à construire la dimension de la subjectivité. C'est un mode de penser, un penser paradoxal, à mon avis, mis en évidence dans l'œuvre de Winnicott, et contenant dans son instauration, les expériences de perte et de sexualisation.
C'est Winnicott qui a le mieux défini les caractéristiques essentielles du cadre et de la situation analytique, en disant "la psychanalyse est le jeu plus sophistiqué du XXème siècle".

Idée qui peut être encore mieux soutenue aujourd'hui.

Traduit de l'espagnol par Florence Baranger
(flo@arnet.com.ar)



Bibliografía

1. Agamben, Giorgio (1978): Infancia e historia, Buenos Aires, Adriana Hidalgo Editores, 2001.
2. Aulagnier, Piera: La violence de la interprétation. París, P.U.F., 1975. [Trad. cast.: La violencia de la interpretación, Buenos Aires, Amorrortu, 1977.]
3.Baranger, Willy (1959): “La noción de ‘material’ y el aspecto temporal prospectivo de la interpretación”, en Willy Baranger, Néstor Goldstein y Raquel Zak de Goldstein: Artesanías Psicoanalíticas, Buenos Aires: Kargieman, 1994.
4.Baranger, Willy, “La situación analítica como campo artesanal”, en Willy Baranger, Néstor Goldstien y Raquel Zak de Goldstein: Artesanías Psicoanalíticas, Buenos Aires: Kargieman, 1994.
5.Baranger, Willy, y Baranger, Madeleine de: Problemas del campo psicoanalítico. Buenos Aires. Kargieman, 1969.
6.Baranger, Willy: “Comentarios de los seminarios y conferencias de Serge Leclaire, Buenos Aires, 1975”, en Willy Baranger, Néstor Goldstein y Raquel Zak de Goldstein: Artesanías Psicoanalíticas, Buenos Aires: Kargieman, 1994.
7.Baranger, Willy: “El ‘Edipo temprano’ y el ‘Complejo de Edipo’”, en Willy Baranger, Néstor Goldstein y Raquel Zak de Goldstein: Artesanías Psicoanalíticas, Buenos Aires: Kargieman, 1994.
8. Baranger, Willy; Goldstein, Néstor, y Goldstein, Raquel Zak de: “Acerca de la desidentificación”, en Willy Baranger, Néstor Goldstein y Raquel Zak de Goldstein: Artesanías Psicoanalíticas, Buenos Aires: Kargieman, 1994.
9. Baranger, Willy; "Asimilación y encapsulamiento: estudio de los objetos idealizados": Revista Uruguaya de Psicoanálisis, tomo 1, nº1, 1956.
10. Bleger, José: “Psicoanálisis del encuadre psicoanalítico”, Revista de Psicoanálisis, tomo 24, n.º 2, 1967.
11. Bollas, Christopher: “La estructura de la maldad”. Versión fotoduplicada.
12. Freud, Sigmund (1912b): "Sobre la dinámica de la transferencia", en Obras completas, Buenos Aires, Amorrortu, 1985,vol. 12.
13. Freud, Sigmund (1937c): “Análisis terminable e interminable”, en Obras completas, Buenos Aires, Amorrortu, 1985, vol. 23.
14. Freud, Sigmund (1908e): "El creador literario y el fantaseo", Amorrortu, vol. 9.
15. García Badaracco, Jorge: “Identifications and it's vicisitudes in the psychoses. The importance of the concept of the maddening object" Int. J. Psychoanal., Vol 67: pg 133-146. - 1992 Int. Psychoanal., Vol 73: pg 209-219.
16. Goldstein, Raquel Zak de: “La función clave del encuadre en la técnica psicoanalítica: continente natural para el vinculo mágico primario”. Revista de Psicoanálisis, tomo 30, n.º 1. 1973.
17. Goldstein, Raquel Zak de: "El yo, borde de "intercambio primitivo"", La peste de Tebas, nº19, 2001
18. Green, André: El trabajo de lo negativo, Buenos Aires, Amorrortu.
19. Green, André: Narcisismo de vida, narcisismo de muerte, Buenos Aires, Amorrortu, 1986
20. Guntrip, Harry: “Mi experiencia analítica con Fairbairn y con Winnicott”, Revista de Psicoanálisis, tomo 38, n.º 1, 1981.
21. Leclaire, Serge: Para una teoría del Complejo de Edipo, Buenos Aires, Nueva Visión, 1978.
22. Mannoni, Octave: “La parte del juego”, en Donald W. Winnicott, André Green, Octave Mannoni y Jean-Baptiste Pontalis: Donald Winnicott, Buenos Aires, Trieb, 1979.
23. McDougall, Joyce: Alegato por cierta anormalidad, Buenos Aires, Paidós, 1993.
24. Pirandello, Luigi: “Conversazazione con la madre”, en Novelle per un anno, Milán, Mondadori, 1978.
25. Pontalis, Jean-Baptiste: “No. Dos veces no”, Revista de Psicoanálisis, tomo 39, n.º 4, 1982.
26. Winnicott D. W.: "Aspectos metapsicógicos y clínicos de la regresión dentro del marco psicoanalítico", 1954, en Escritos de pediatría y psicoanálisis, Laia, 1958.