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Destins de Femme

…" la femme en tant qu'être déterminé par sa fonction sexuelle. Le rôle de cette fonction est vraiment considérable, mais, individuellement, la femme peut être considérée en plus comme une créature humaine." (souligné par nous)
Freud, 33ème Conférence: "La féminité".


Je me propose de considérer la métapsychologie de la réalité psychique et les "destins" de la femme, en l'illustrant par des aspects de la vie quotidienne et de la mythologie de Contes universels au cours d'un de ses moments essentiels: celui du passage de fille à "jeune femme", durant lequel elle est amenée à devenir mère par les inexorables forces pulsionnelles, activant son "désir de bébé".
Destins et avatars de la position de la femme et de sa féminité et vie individuelle dérivés de l'"éternelle lutte des sexes", à laquelle l'homme et la femme sont conduits par la pressante angoisse de la détresse psychique qui empreint nos origines en tant que sujets, et qui accompagne la salvatrice, bien que coûteuse, acceptation de la sexualisation. Cette lutte aspire à re-installer pour chacun d'eux "cet autre préhistorique", garant de l'amour et de la survie. Face à cette lutte, une éthique fondée sur l'acceptation et la tolérance de la différence aura la valeur de support, en tant qu'elle tempère l'horreur et préserve le plaisir possible, ouvrant ainsi la dimension d'une singularité à vivre dans le monde.
Le passage de fille à "jeune femme", auquel nous faisons référence, est un transit qui culminera lorsque la "jeune-femme-mère" se constitue - en cet "en plus" freudien de notre épigraphe-, dans un être humain" qui, en position féminine, reprendra -comme nous verrons plus tard - le processus de construction de sa subjectivité.
Le déconcertant et ambigu "en plus" a donné lieu à de complexes et considérables conséquences. Parmi d'autres importants effets historiques il a généré des mouvements divers et hétérogènes, causés par ce malaise croissant. Une considération profonde s'impose à nous, psychanalystes, et tout spécialement à nous, psychanalystes femmes. Et n'oublions pas que, aussi bien Freud que Lacan ont lancé le "défi", dirigé spécifiquement aux analystes femmes, leur réclamant de parler sur les questionnements masculins regardant le thème de la féminité.
D'autre part, nous reconnaissons depuis longtemps la vigueur indiscutable et significative du thème de la "sexualité féminine" en ses différentes approches dans la pensée psychanalytique, ce qui exige un engagement qualitatif et actualisé de notre écoute.
Il faut en convenir: ça fait déjà longtemps qu'"il est temps" d'accepter et d'approfondir ce défi.
Pour cela nous allons nous centrer sur ces deux temps caractérisés par Freud dans notre épigraphe et qui apparaissent comme: un premier temps, "guidé par la fonction sexuelle" qui conduirait à "devenir mère", et un autre temps ultérieur qui nous défie par sa formulation et nous amène à conceptualiser autour de cette position que Freud définit comme "la femme individuelle" qu'il semble autoriser avec ses propres mots: "…elle peut être considérée, en plus, comme une créature humaine!"

Devenir mère

Lorsque nous considérons les origines de la constitution du sujet, il devient pour nous évident que le chemin conduisant au déploiement de la "fonction sexuelle", en termes de Freud, aussi bien pour la fécondité que pour l'érotisme adulte, se soutient significativement de l' éfficacité spécifique d'une "rencontre particulière". Rencontre qui, en rigueur, est une "nouvelle rencontre" avec les traces des coordonnées du plaisir de cet amour archaïque , l'"amour inoubliable" auquel se réfère Freud.
Certaines métaphores universelles mettent en scène cette "rencontre particulière" et s'expriment - prenant comme matériel les Contes de Fées-, par exemple, dans le réveil à la vie de la Belle au Bois Dormant - Blanche-Neige, "action spécifique" accomplie par le splendide Prince Valeureux, par ce "premier baiser d'amour".
Le Prince incarne - au niveau œdipien - "cet autre préhistorique", celui de "l'amour inoubliable - cité par Freud très tôt dans sa fameuse "Lettre 52" de 1895 - et il constitue le porteur renouvelé de cette action efficace initiale qui instille la vie psychique. (Freud, "Projet d'une psychologie pour des Neurologues").
C'est ainsi que le "premier baiser d'amour" obtient sa potentialité de reprendre les traces de l'érotisme primitif, fortement tissées quotidiennement et déjà activées dans l' ourdissage des "Rêves d'amour et de Rencontres…" (pré-destinés?), fondements admirablement documentés dans le beau livre de Ethel S. Person ("Dreams of love an fateful encounters. The power of romantic passion", Penguin Books, 1989).
Cet ourdissage de "scènes de rencontres", à la rigueur nouvelles rencontres prédestinées, fait partie de la réalité psychique féminine et se situe dans la dimension de celle dont s'occupe G. Bachelard, dimension entendue en tant que topique des rêves diurnes dans "La poétique de la rêverie" (P.U.F., 1970); c'est là que se place Ethel Person.

Une deuxième latence pubérale -adolescente

La fille, en raison de sa "fondamentale proximité excessive " identificatoire avec la mère, (Raquel Zak Goldstein, "Le continent noir et ses énigmes", Madrid, IPAC, 1983) cherche le rachat et la solution dans le regard nécessaire du père pour protéger et favoriser son passage au temps psychique de la puberté.
Ce regard paternel "à distance", assure les inévitables coupures, dans l'imaginaire, qui conjurent les démons persécuteurs, neutralisant ainsi "le pouvoir" incarné dans la mère phallique, toujours présente dans la réalité psychique.
Dans ce champ ainsi délimité se tracent les identifications auxquelles se réfère Freud dans sa 33ème Conférence "La féminité", qui permettent à la fille en voie de se constituer comme femme de s'installer investie comme leurre, entendu comme "l'héritier" du fétiche infantile du garçon dans "le jeu des sexes" (Raquel Zak Golstein, "La mujer, de fetiche a señuelo en el juego de los sexos", Lima, 1994).
Le jeu des sexes constitue l'axe de l'efficacité érotique et une des clés de la fécondité.
Pourtant, une position paternelle adéquate face à la fille- jeune femme ne saurait suffire à neutraliser pleinement les aspects persécuteurs dérivés de la fantasmatique œdipienne ("La mère-marâtre-sorcière") qui habitent la "proximité excessive" avec la mère.
En outre, "Le sacré et le profane", qualités intimement liées à la dimension sacrée - et par conséquent, profanable - du "corps continent de la mère", sont à leur tour la toile de fond de la fantasmatique œdipienne qui se déploie comme support subjectif de la vie érotique, aussi bien avant la défloration que dans l'essence de la trame des fantasmes sexuels de l'adulte.
Ces fantasmes, soutenus dans la bisexualité constitutive et dans le polymorphisme sexuel infantile, s'adressent au corps de la mère, re-trouvé par les deux dans le corps de la mère.
Un état de "seconde latence" s'installe alors face à la complexité des fantasmes persécuteurs dérivés des anxiétés œdipiennes référées à la profanation du corps maternel, fantasmatique qui passe à un premier plan lorsque la fille, en voie de jeune-femme, habite "un corps charnel".
Une de ses expressions métaphoriques les plus réussies, et cliniquement quotidiennes, la "piqûre" soufferte par la Belle au Bois Dormant est, en même temps, l'expression de l'inquiétante pulsion endogène hormonale et de la désirée - crainte intrusion phallique, corrélative de ces fantasmes de profanation.
Dans la personnification de la "Méchante Fée " - la marâtre représentante projetée de l'aspect méchant, dissocié et rejeté de l'organisation d'un "monde heureux" autour de la "famille royale idéalisée" - elle s'effectivise au moyen de la prophétie de la "Méchante Fée ", le châtiment du Surmoi. Fâchée de cette exclusion, la Méchante resta "menaçante" jusqu'à ce que les jeunes, au moment d'entrer dans le monde de la réalité post-œdipienne, puissent et réussissent à lui faire face, en intégrant ces aspects "clivés".
"La royauté" est un aspect pris de la réalité psychique qui créée au cours de cette organisation défensive schizo-paranoïde, mise au service de la préservation des idéaux et centrée sur le mythe générique des pères rois-fils princes-avenir heureux.
Son effet corrélatif est constitué par cet état particulier typique de la vie adolescente, de léthargie-latence illustré dans ces deux Contes de Fées.
Cette situation installe une inévitable et multidéterminée "seconde latence, pubérale-adolescente".
Il s'agit bien d'un temps "en friche", selon une heureuse expression de M. Khan, que nous pouvons référer au processus de trans-formation somato-psychique traversé aussi par l'adolescent masculin.
La persistance - comme trait pathologique - de cette "seconde latence pubérale adolescente" permettrait en plus de penser à une autre interprétation de l'anesthésie féminine.
La "tempête psychique" et les terreurs de viol - engagés dans la projection de ces fantasmes dérivés des fantasmes sexuels infantiles d'assaut au sein/corps maternel - peuvent arriver à s'exprimer symptomatiquement comme des phénomènes hypocondriaques, troubles menstruels, boulimie, anorexie, frigidité et troubles de la fertilité.
La "léthargie-latence", véritable période "en friche" somato-psychique, est un temps dans lequel la fille-pubère, en voie d'adolescente, transite pour se préparer et être capable de soutenir les nouveaux et successifs passages que le processus psychique de la résignation de toute sa sexualité infantile et l'enlèvement de ces clivages lui exigent.
Il s'agit aussi -selon Freud - du passage de la volupté à la sensorialité en voie de la constitution de l'érogénéité et la sensualité.
Passage clé du développement érotique féminin en voie de constituer son "corps charnel", comme résonnateur du désir.
La singulière signification de son corps pour la femme, met en évidence ce corps comme "scène charnelle-imaginaire" de la vie sexuelle, pour les deux sexes.
Nous pouvons définir ce corps comme "corps charnel", par allusion à la qualité particulière assumée par son corps, dans la réalité psychique de la femme.
Le corps charnel, en tant que concept, renvoie à la notion de corps somatique au moment où il devient corps érogène habité progressivement par le désir sexuel qui "enfile" les zones érogènes. Ce moment concerne, aussi, une phase normale d'"hystérisation" de la fille pubère-adolescente, comme on peut le déduire de la conceptualisation de l'Hystérie Archaïque, élaborée par J. Mc Dougall ("Théâtres du corps", 1989).
Lorsque ce passage essentiel -que nous pourrions définir comme le processus d'"habiter le corps charnel" - réussit, la constitution d'une position féminine s'actualise.
Le concept de "corps charnel" est à cheval - d'après la métapsychologie lacanienne - entre une qualité imaginaire et la condition du réel, ce dernier entendu comme "cette partie du corps non représentable".
Le grand défi féminin devient alors évident… Comment habiter le corps charnel?


Habitant le corps charnel

La réalité psychique féminine, parce qu'elle habite la chair, est plus proche du temporel et du vécu de la finitude. En revanche, l'homme, devant faire face prématurément au déchirement , qui entraîne la perte charnelle à cause de la "séparation radicale de la mère", déchirement qui sera redoublé par la menace de castration, s'"aliène" de la chair, assumant ainsi sa conséquente position masculine. Il habite, à partir de ce moment, la spiritualité et l'univers symbolique (Freud, "Moïse et le monothéisme", 1939 [1934-1938].
La femme qui pro-crée instille avec son "actionnement efficace" initial l'immortel (Freud, "Totem et tabou", 1912 -13) et soutient dans sa chair la finitude; tandis que l'homme, installé dans la spiritualité, "assure" la permanence de l'espace symbolique.
Est-ce que c'est à ce champ de la vie amoureuse qu'est convoquée la femme (Freud, "Manuscrit G", 1895?), "inestimable" bénéfice social auquel réfère Freud, dans sa 33ème Conférence "La féminité"?
La fille, pour entrer dans le stade de "jeune-femme", doit, en plus, s'installer et s'approprier du temps/espace des jeux préparatoires prépubéraux. Elle a joué aux poupées, elle a fondé une famille, "tant que la sorcière n'est pas là", en comprenant le jeu au sens de D.W. Winnicott.
En accédant à la puberté, les effets psychiques de cette fantasmatique complexe conduisent la fille -déjà orpheline - à entrer dans un monde avec une certaine solitude grisâtre. "Terre de personne", dimension de l'adolescence.
Cendrillon, orpheline et dégradée et immergée dans son duel solitaire mélancolique; Blanche-neige, cachée dans les bois, (champ transitionnel de la détresse infantile) et la Belle au Bois Dormant qui, -protégée par les pouvoirs des fées marraines qui substituent les pouvoirs protecteurs perdus des parents - feront face -, dans cet espace-temps dont nous sommes en train de décrire la qualité psychique, à la menace du retour de la méchanceté dissociée .
C'est la "Terre de personne" dans laquelle la jeune fille, même comptant avec des parents suffisamment bons, inaugure le processus psychique du vécu particulier de séparation qui caractérise la condition sexuée humaine et le retour toujours menaçant, de l'"état de détresse", expérience qui va la contraindre progressivement dans les voies d'un psychisme de plus grande complexité.
"Magie et Poudre d'Etoiles" métaphorisent les recours psychiques qui préservent ce processus complexe somatopsychique et qui accompagnent, au milieu de dangereuses dérivations pathologiques, comme, par exemple, des fétichisations et addictions, la sortie de la brume mélancolique qui entoure les duels infantiles.
Survient alors "la splendeur de la transformation"; si magnifiquement illustrée dans Cendrillon et son monde. Métaphore du dépassement de la misère et de la détresse psychique infantile-pubérale, par effet de la plénitude somato-psychique qui s'impose.

L'attirance sexuelle de la fécondité et le "Sex appeal Fertility song", métaphore de l'attirance sexuelle de la fertilité

Cet "appel de l'amour" est un état qui accompagne ce que nous pouvons appeler la "splendeur de la transformation somatopsychique". Il porte - dans sa qualité de séduction érotique et de plénitude de la fertilité - aussi bien Blanche-Neige que Cendrillon à disposer du pouvoir pour attiser la passion chez le garçon, à travers l'effet spécifique de la beauté, qui provient de l'"identification- mère" déjà consolidée.
Alors, l'attirance sexuelle ainsi consolidée dans son action efficace au moyen du "baiser et de la danse de l'amour", réactive l'axe bouche-œil-génital, trajet central de l'érotisme , qui correspond à ce que Freud indique dans le chapitre "Toucher et regarder" de ses "Trois Essais"…" (1905).
Autour de la signification de l'œil et du regard dans la psychanalyse, nous pouvons préciser dans ces temps constitutifs de la vie de la femme, l'action de deux types de regard:
1. Le regard paternel qui - à la recherche de l'idéal féminin- a sexualisé la fille, devra être substitué par le regard du "prince" étranger voisin qui voit la jeune fille -encore vierge - comme un objet érotique exogamique. En revanche, le père doit chuter comme objet impossible, si ce père particulier est capable de le tolérer…
2. Le regard maternel, qui l'autorise dans l'impossible "excessive proximité du continuum identificatoire constitutif féminin", fait que la fille-enfant/jeune se re-connaisse pendant ses "essais d'être femme". Exemple quotidien: le jeu constant de se déguiser avec les vêtements de la maman ou encore les successives et exténuantes excursions pour faire… des achats! Ou devoir choisir les vêtements… mais, avec maman! Evidences suggestives de la complexité psychique inconsciente qui accompagne les préparatifs pour sa "fonction sexuelle" et pour la fécondation.


Le "premier baiser d'amour"

Ce premier baiser légendaire et efficace "accroche" durant la "rencontre rêvée" à laquelle nous faisions référence tout à l'heure, les expériences qui ré-activent et scellent les voies de l'enfilement inaugurateur des zones érogènes féminines bouche-vagin. C'est ainsi que cette trace enchaîne et déchaîne une réaction érotique qui dynamise l'excitation sexuelle dans la vie amoureuse adulte de la jeune fille.
Cet accrochement convoque le pouvoir de "cette jouissance primitive charnelle", dans les traces de l'"expérience de satisfaction" fondée avec le psychisme.
Dans ces temps-là (dans le sens de temps logiques, pas chronologiques), et en plein "état de détresse" de l'infans,, la mère a libidinisé le bébé par ses soins corporels, en contribuant à cet indispensable enfilement des zones érogènes qui deviendront la trace détonante de ce qui est repris maintenant, dans la vie érotique.
L'effet du "premier baiser d'amour" inaugure et, à la limite, actualise, le premier trajet de la jouissance, destinée "inquiétante" de la pulsion et initie ce que nous pouvons aussi considérer, l'étape culminante de l'équation symbolique freudienne, essentielle pour les Destins de femme.
Destins liés, en partie, à l'expectative sociale selon Freud qui conduisent à l'articulation du "désir de phallus", comme dernière pièce ultime de l'équation symbolique en tant que "désir de complétude" , avec le "désir de bébé".

Désir de bébé - Désir de fils

Nous pouvons, donc, dire qu' aux temps de la jeune-femme-adolescente, la "rencontre rêvée" est efficace parce qu'elle précipite ces phénomènes somato-psychiques pré-disposés et déjà "en friche".
Son efficacité, nous l'avons dit, se nourrit des effets de la trace de cette première instillation-fertilisation maternelle, qui produit le "dérangement" pulsionnel causé par "l'expérience de satisfaction", phénomène à la base du psychisme.
Il s'agit d'un moment archaïque, mythique et humanisant , que nous considérons comme shifter du passage de l'Instinkt au Trieb freudien. C'est la base, en même temps, de la constitution du corps érogène à partir du corps somatique. Il garantit aussi les processus initiaux d'intégration somato-psychique sexuée.
Le "nouveau réveil à la vie", promu par la rencontre, renvoie alors au "binôme" bébé-mère, dont la trace complexe provoque en plus chez la jeune femme le désir d'une "décisive réversion".
La jeune femme cherchera par ce chemin le bébé qu'elle même a été pour sa propre mère, cette fois-ci de façon "inversée". Si elle admet la présence d'un homme situé en position désirante, elle aura garanti au processus sa direction prospective.
C'est la dynamique activée par le désir de bébé.
Les facteurs psychiques privilégiés qui interviennent sont ces effets puissants de l'"équation symbolique" freudienne (sein-déjections-pénis-bébé), - qui sous-tendent l'éternel désir de complétude narcissique -, avec l'entrée dans la scène des relativement "oubliés" jeux transitionnels de l'enfance et l'inexorable pulser -renouvelé et actualisé- de la poussée pulsionnelle somato-psychique.
C'est la pulsation pulsionnelle qui "émulsionne" -dans une dispersion instable et, par définition: hétérogène- ce "soma en cours d'humanisation" et l'ordre représentationnel
Par la suite, le désir du bébé devra donner lieu au désir de fils, dans un virage décisif pour les deux intégrants du binôme initial. (P. Aulagnier, "La violence de l'interprétation", Du pictogramme à l'énoncé, P.U.F., 1975; D.S. Litvinoff "El deseo de hijo", APA 1994). Virage qui relève fondamentalement de l'efficacité psychique concrète de cet homme désirant qui convoquera activement la "jeune femme-mère", - dans un premier temps de l'œdipe transité par cet infans -en la retournant dans cet acte à la position incomplète de "femme desirée-désirante".
La coupure paternelle -rendue ainsi effective- donne lieu à une organisation triadique œdipienne et affermit la séparation de la dyade, l'interdiction de l'inceste et l'exogamie.
En ce qui concerne la jeune-femme, elle soutient un double travail psychique depuis son enfance: châtrer l'imago de la mère phallique pré-œdipienne, en réussissant à reconnaître la mère en tant que "Pas Toute" et, corrélativement, soutenir en elle même, les effets de cette opération de séparation qui fonde l'expérience subjective de sa propre incomplétude.
Cette expérience centrale dans la vie psychique de la femme, se consolide dans les expériences d'engagement constantes et renouvelées, coupure et détachement charnel, propres de la nature féminine et, de manière contondante, par l'effet irréversible de mettre au jour et ensuite laisser vivre aux fils "une vie psychique autonome".
Au cours de ce passage, la femme a pu tolérer le craquèlement graduel de la fiction de continuité dérivée du désir de complétude, que de façon nécessaire et transitoire soutenait "entre les deux", le binôme bébé-mère, dans un jeu narcissique de miroirs réciproques manifesté dans l'expression freudienne :"His majesty the baby".
La ré-édition reversée souhaitée de ce duo narcississant trophique, climat de base de l'état de bébé qu'elle a elle-même parcouru au cours de la fondamentale "spécularité inversée" inhérente au processus identificatoire du coule fille-mère du temps "pré-œdipien" selon Freud, est aussi un axe du processus de la transmission dans l'élevage humain (Freud, "Totem et tabou', 1912-13) qui mène la fille-jeune à se-chercher, mais d'une façon invertie, d'abord dans les jeux infantiles qui anticipent et favorisent la fécondité.
Un reste significatif de ce jeu narcissique de miroirs réciproques que nous avons défini comme "spécularité inversée" persiste longtemps dans la vie de la jeune femme, manifestant la puissante dépendance spéculaire féminine à l'égard du regard, qui confirme son identité.
La jeune femme, pour vivre "le détachement charnel" ayant lieu pendant l'accouchement et la nécessaire et croissante séparation de "son bébé", par la rupture de la dyade initiale, se soutient de cet "appui" spécifique qu' est la présence et action bienfaisante de l'homme-père, tout ce qui contribue à consolider en elle des effets psychiques de Castration Symbolique.
Cette efficacité de la fonction paternelle (Raquel Zak Goldstein, N. York, 1994), action que la jeune-femme-mère doit en plus accepter et "laisser passer", est essentielle pour elle et aussi pour le bébé.
C'est ainsi que le bébé est "forcé" et "livré" à sa capacité de désirer: il est fils.
Ce contexte les place, tous deux, dans un transit décisif durant lequel le bébé émerge à sa condition de fils, entendu comme le "nourrisson humain" capable d'"engendrer" le désir face à cette expérience de coupure et de séparation qui accompagne la rupture de la complétude narcissique illusoire fondatrice.
Désir qui se tisse comme un fantasme inconscient propre et singulier et qui sera son organisateur psychique.
En même temps, la jeune-femme-mère menée par la prédominance de l'amour objectal., reconnaît et tolère alors sa propre altérité et incomplétude.
Forcée de châtrer et de se châtrer symboliquement pour vivre, elle réussit à se "sauver" "en sauvant" son enfant. Elle s'écarte à une distance adéquate des périls de la sinistre fusion dyadique.
Et quelque chose d'autre arrive à ce moment-là…
C'est l'initiation des processus spécifiques qui prédisposent aux conditions pour une deuxième étape: "être considérée en plus une créature humaine".
Ce désir de bébé, suite du désir du phallus (ancienne réclamation de la fille à la mère et au père autour de la traumatique reconnaissance de "la différence sexuelle anatomique"), se voit rempli dans le fait de Devenir mère et dans l'élevage.
Désir qui succombe en tant que désir de complétude, face à la série successive d'expériences inquiétantes et décisives des détachements qui, à mon avis, selon Freud constitueraient l'axe des opérations psychiques d'un temps décisif de l'Œdipe féminin. Temps qui, seulement alors, installe chez la femme la permanence pleine de la Castration Symbolique.
En incluant et con-sentant, la femme, l'exercice de la fonction paternelle, elle donne lieu à ces surprenantes conséquences dans sa vie psychique!… elle lui permettent…


"… En plus Un e Créature Humaine."
Freud (1933).
La cohérence dans la multiplicité

Le désir de bébé -qui, dans la séquence de l'équation symbolique est absolument mêlé au référent phallique-, reconnaît dans son essence, le désir d'appropriation de ce bien: le phallus, assigné au pénis.
Cette dynamique installe aussi chez la femme la fonction de leurre. Fonction spécifiquement féminine qui l'investit "comme si" elle était le phallus.
La complexité qui met en relief la diversité mise en œuvre dans les destins de femme et le risque de ses avatars nous est évidente. Ces avatars lui imposent un "interminable" travail de cohérence. Il s'agit de se-soutenir dans cette multiplicité qui compose sa position féminine.
Il est nécessaire de discriminer conceptuellement la différence entre le désir de bébé -lié à l'équation symbolique et le renversement de la propre expérience de la fille comme bébé-, désir qui homologue transitoirement le bébé à-venir, avec le bébé que la future mère a été pour sa propre mère ("…le champ transitionnel de l'élevage…", R.Z. Goldstein, Gramado, 1994) et le désir d'enfant, qui ne s'actualise comme tel qu' en mettant le bébé en dehors de la dyade.
En tant que fils, cet être seulement alors devient un "autre à découvrir", situation d'énormes conséquences structurantes pour les deux.
C'est précisément dans ce point que la spécularité essentielle de la symbiose primitive se dis-continue.
Peut-être la psychose puerpérale est-elle l'expression la plus achevée, dans la pathologie, de l'angoisse de castration chez la femme. Manifestation "équivalente" de l'angoisse de castration que Freud a décrite chez le garçon. Cette situation est celle qui préside le début du "deuxième temps" "différé" par l'exercice au cours du premier temps, de sa fonction dans la transmission.
La coupure -qui inaugure la dimension de l'absence et ses effets déterminants dans la structuration psychique- permet que la mère abandonne, graduellement - bien qu'avec l'angoisse de ses implications de "détresse" comme castration- son bébé, qui commence à "s'entre-tenir" secouru par les objets et les phénomènes transitionnels. Alors qu'elle tolère et s'entraîne dans ce "bref état de folie normale" caractéristique (A.Green, "Passions et destins des passions", dans "Des folies privées").
Il s'agit peut-être de la plus grande expérience de détachement: le renoncement à "sa possession bébé". Passage décisif de bébé-possession à fils-autre.
Ce n'est qu'alors que la femme doit faire face, de manière large et définitive, à l'angoisse de castration qui entoure la carence comme axe universel constitutif.
La femme en transit de bébé orphelin pubère à adolescente-femme-mère, désirant "l'objet précieux" qui "lui manque", commencera ou reprendra, après ce détachement", la tâche de soutenir sa condition d'"être humain".
Maintenant oui, en tant que sujet qu'elle a été, elle se trouve traversée par les circonstances de ce que nous appelons la castration symbolique.
Châtrés et incomplets, dans la vie érotique s'établit le mode féminin qui dira "je le suis" (le phallus), tandis que le mode masculin dit "je l'ai".
Tout en procréant et en élevant ses enfants… et tolérant aussi, elle laisse son petit vivre l'angoisse comme matrice du désir, centre en même temps d'une vie psychique séparée, elle est devenue: "un être humain femme".
Et dans l'éternelle dialectique de la répétition-transmission, la jeune-femme-mère soutiendra après, avec sa propre fille, ce Jeu spéculaire que nous connaissons et qui caractérise la lente et complexe constitution de l'identité féminine.
La fille, pendant ce temps, est restée dans l'"inévitable proximité maternelle", habitat de ce continuum identificatoire féminin, de qualité "impossible", infernale et passionnelle. Et c'est ce jeu fondateur qui a forgé l'"impossible" cohérence dans la multiplicité, caractéristique de la diversité féminine.
Pendant ce temps, elle s'est mise à habiter son corps charnel.
Elle est devenue de plus en plus subjective, malgré et même contre ces conditions constitutives qui l'ont située, au cours de ce long "premier temps" que nous avons décrit, plutôt comme objet que comme sujet.
L'"impossible" cohérence dans la multiplicité se soutient de cette espèce de "forge-chaudron-alchimie charnelle", condition caractéristique de la diversité de la position féminine, qui présente de surprenantes ressemblances avec la description de W.D. Winnicott sur l'identification nucléaire, en rapport avec "l'élément féminin pur", (D.W. Winnicott, "La créativité et ses origines", "Réalité et jeu", 1971)
Condition qui, sous la plume de Milan Kundera, constitue "l'insoutenable légèreté de l'être". Condition que la femme saisit, en con-tenant, en supportant et en se- soutenant dans cette qualité instable.
Si ce fut "l'autre" qui a instillé la vie psychique et en tant que "l'autre primitif", c'est cette partie là de l'unité fondatrice que Freud appela le Complexe du Semblable ("Projet pour une Psychologie"…, Freud, 1895), nous pouvons penser que le Moi originaire et "l'autre" - comme le Semblable- pourraient se définir comme les "parties de cette unité" des temps et du contexte fondateur d'où surgit le Moi réel définitif dans une condition lacérée, en état d'… "insupportable légèreté".
La femme est celle qui transmet, par le fait de rester immergée dans cette insupportable légèreté qui accompagne l'empathie (die Einfühlung) primitive du continuum identificatoire féminin qui la caractérise, dérivée du déchirement de cette "unité fondatrice". Qualité qui contribue, définitivement, à son identité dans la position féminine.
Nous pouvons penser que, c'est dans ces temps de l'élevage, que culmine définitivement le complexe d'Œdipe de la femme en analogie, seulement alors, avec celui du garçon.
Les défauts dans cette dynamique complexe produisent des déviations générant d'autres destinées de femme: maîtresse de maison ou femme objet, femme phallique ou toute mère…
Homme et femme en chute permanente d'eux mêmes, de l'autel narcissique de "His majesty the baby" et traversés par la castration symbolique, cherchent dès lors "l'autre", pour bâtir des ponts et rééditer dans l'actuel, dans cette ren-contre "cet amour", le préhistorique inoubliable des débuts de la réalité psychique.
Et dorénavant, ils seront engagés à toujours dans le travail de la préservation du Semblable, mais en comprenant le Semblable comme un prochain, comme "celui qui n'est pas identique", "l'étranger", "quelqu'un de l'autre sexe", et destiné à l'amour.
Lacérée, de même que le garçon, pendant les temps d'éveil du Moi réel définitif, sa différence consiste, justement, en ce qu'elle n'abandonnera plus la résonance charnelle et empathique.
Elle s'affermit dans cette position d'oscillation insupportable, par la voie de la rêverie, en attendant "l'autre" qui sera pour elle l'appât humain de l'ombre, du Semblable.
C'est ainsi que se "dessine un lieu" pour un infans-petit et, aussi, pour un homme.
Nous proposons la considération d'une éthique du désir et de la différence des sexes, en tant que fondements pour soutenir la réalité psychique.
Ethique clé pour la préservation de cette différence tensionnelle initiale (Freud, "Projet de psychologie pour des neurologues", 1985) qui, par hasard vital, a promu - dans l'éternelle rencontre de l'amour- la constitution du sujet psychique.
Posée de cette manière, l'éthique promeut la tolérance de la différence des sexes et assure la stabilité de la vie psychique.
Confrontée à la Castration Symbolique et déjà affermie, après ce que nous avons considéré un premier temps, elle même comme "…femme individuelle…" cherche ardûment à habiter par son propre droit non seulement son corps charnel, mais aussi sa subjectivité et le monde. Pour "être -selon Freud- en plus un être humain"…


Traduit de l'espagnol par Florence Baranger
flo@arnet.com.ar