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L'Avenir d'une illusion
A l'occasion du changement de Millénaire, et…

Les analystes font face à leurs scepticismes.

Fragmentation ou survie?

Dr. Raquel Zak de Goldstein
Novembre 2001


Optimisme ou pessimisme?


“En las brumas y miasmas que oscurecen
nuestro fin de milenio, la cuestión
de la subjetividad retorna hoy como
un leitmotiv. Lo mismo que el aire y el
agua, ella no es un dato natural. ¿Có-
mo producirla, captarla, enriquecerla,
reinventarla permanentemente para
hacerla compatible con Universos
de valores mutantes?. ¿Cómo trabajar
para su liberación, es decir, para su
re-singularización?. El psicoanálisis,
el análisis institucional, el cine, la
literatura, la poesía, las pedagogías
innovadoras, los urbanismos y arquitecturas creadores...
todas las disciplinas tendrán que conjugar su creatividad
para conjurar las situaciones de barbarie,
de implosión mental, de espasmo caósmico
que se perfilan en el horizonte, y para transformarlas en riquezas
y goces imprevisibles, cuyas promesas son,
a fin de cuentas, igualmente tangibles”.
Félix Guattari. “Caosmosis” edit. Manantial
1992/6 (destacados personales)

“sobre el siglo que muere"..."
"Es que estamos hechos así: damos
forma humana a los siglos y los vemos
hermosos únicamente cuando tienen
20 años y marchitarse cuando tienen 90
y a veces colaboramos para que sean
así, engañados por las fechas.
Y en cambio el tiempo que ignora
los calendarios y las eras históricas,
mezcla nacimiento y muerte
con criterios muy particulares".
Umberto Eco, "Todavía somos muy
jóvenes", "La Nación", 8 de Diciembre
1991. (destacados personales)

Illusion et Dés-illusion
L'imagination au pouvoir?
Accélération et Panique
Le mal est bien
Prophéties qui s'accomplissent
Fragmentation et Survie
Où se place l'angoisse?
Et l´érotique


Désillusion, panique et pensée négatrice

L'aujourd'hui de notre actualité présente différentes et imprévisibles complications pour l'opération normale de la Négation normal, qui préside et préserve le fonctionnement mental et le déploiement humain.

Aujourd'hui, plus que jamais, les notions de vérité et de réalité et le concept de science, - si profondément bouleversés par les recherches et par les penseurs actuels-, s'approchent, de manière surprenante - bien qu' au milieu de tempêtes et de passions- à confirmer de façon décisive le corpus théorique édifié par la découverte freudienne de l'inconscient comme producteur, et les caractéristiques de la condition humaine comme effet de la rencontre somato-culturelle.

- Le problème auquel nous devons faire face, nous psychanalystes, se trouve autre part. Voyons.
- Séquences paradigmatiques dans certains mythes structurants de notre culture comme les Contes de Fées.

Rafraîchissons notre souvenir de cet universel œdipien. Un jeune prince amoureux doit vaincre Maléfique qui, voyant son orgueil et sa Suprématie offensés, plonge le monde dans une léthargie indéfinie par la stratégie d'une malé-diction sur la fille aimée du couple royal. Séquences que nous parcourons une et mille fois, en étant enfants, pubères, adolescents et adultes en voie de devenir sujets… -¡si humains!-, en essayant de convoquer les forces du Bien - ces destinées- afin qu'elles prévalent sur le Mal.

Nous nous demandons tous la question, aujourd'hui, si les dispositifs protecteurs et les conditions de cet organisme vivant qui est le monde, la culture et les humains, comptent toujours avec les ressources fondamentales et les compensations prospectives qui permettent qu'agisse la quasi légendaire capacité de récupération et de recréation de l' espèce humaine et de la culture, au sens le plus large, en tant que hominisation. Ces dispositifs caractéristiques de la prédominance de Eros, le Bien, sont-ils toujours disponibles, ou pas tellement…?

Nous nous posons aussi une autre question: quelles sont nos réponses actuelles -comme effet de responsabilité et d' honnêteté intellectuelle-, qui , dans la position des analystes, se remettent en se révoltant contre l'exercice strict du Bien Commun et de la Survie entendue comme un extrême adaptatif, désérotisant et aliénant? Un exemple social - dont l'impact visuel de révolte et de désaliénation prenant pour axe le racisme et toutes les formes de déni- en est la campagne publicitaire très réussie et très forte de l'entreprise Benetton.

Nous sommes face aux effets de la complexe et dévastatrice action de la panique, qui réintroduit la confusion entre le désir et la nécessité, et qui accélère une certaine précipitation donnant lieu à des croisements et des ruptures dans la trame du contrat social, en laissant des "crevasses". Par ces crevasses se filtre le retour du primitivisme dés-illusionné. De la main de Bion et des supposés fondamentaux, nous constatons pouvoir observer certains "nouveaux fonctionnements groupaux"; ou peut-être, devrions-nous dire, le retour de certains vieux fonctionnements, qui quelquefois s'approchent de plus en plus de la catégorie de foule/horde (souvenons-nous du livre et du film "The Lord of the flies", selon le roman de William Golding)

En même temps, les ruptures demandent à la culture a de la science des travaux de suture et de re-création renouvelés, dans lesquels nous sommes aussi engagés en tant qu'analystes. Il s'agit de soutenir l'activité de déchiffrement des aspects pathogènes de ces brisures de l'effet spéculaire fondateur pour le fonctionnement psychique. Et dans le domaine socio-culturel et institutionnel, la pensée psychanalytique se voit convoquée à une participation active à travers des actions puissantes, multiformes, effectives et constantes de la raison, en tant que action pensée désaliénante, qui rectifient la dérive régressive, en questionnant, par exemple, l'éloge pragmatique de l'action et, parallèlement, le manque de prestige de la réflexion en tant que moment subjectivant.

Ces autres actions de la raison visent à récupérer le cadre d'un "espace" pour l'intelligence, dans lequel nous pourrons penser le monde actuel dont nous sommes tous une partie vitale.

Un autre exemple remarquable, qui convoque actuellement l'intérêt globalisé, a été présenté par J. Mac Dougall lorsqu'elle commente sa participation à un des Sommets convoqués par le Dalai Lama.

L'état "actuel", au sens le plus strict de l'angoisse actuelle en psychanalyse, constitue l'effet complexe d'un vécu multidéterminé d'exigence et d'accélération, coïncidant avec un "état de désespoir et de détresse", comme diraient Freud et Bion. Dans cette conjoncture de dislocations et de transgressions, surgit le climat de dés-illusions et paniques, corrélatif de ce que nous pourrions dénommer: "L'actuelle dys-fonction Paternelle". Impérieuse est la nécessité d'être rescapés de ces impacts et du scepticisme, comme analystes et comme Institutions, à travers ces ré-visions partagées et d'autres, profondes et articulées avec la clinique pour soutenir l'idée de la cure et la "nouvelle écoute" de ces malaises "actuels" aggravés. Pour cela, reprenons comme fil conducteur quelques unes des clés permanentes présentes dans les textes socio-culturels fondateurs de Freud: "Psychologie des Masses et analyse du Moi", "Totem et Tabou", "L'avenir d'une illusion" et "Malaise dans la culture" avec la "La morale sexuelle culturelle et le névrosité moderne".

Cette "névrosité moderne" toujours pareille à elle-même, se présente, à mon avis, aujourd'hui au cabinet de consultation, comme la clinique de la fragmentation et de la survie, et nous amène à demander, -face aux complexes tableaux mixtes de notre clinique quotidienne où le refoulement et le déni semblent osciller et s'interchanger dans des modalités imprévisibles- où se trouve l'angoisse?,… quel est le symptôme? …La raison est-elle que le terme n'existe pas encore; ou qu'il n'a pas été écouté ni prononcé, car "ce quelqu'un" n'était pas là sur place disposé à écouter?… Nous nous posons encore la question: comment s'est construit l'état actuel dé-subjectivant et obsessivisé ? Quelle est l'influence de notre ère actuelle pour produire ce "quelqu'un" flou et débilité, l'autre qui n'écoute pas?

L'isolement autiste résultant a tendance à avancer sur la communication intersublective mise en échec par les systèmes que nous étudions.

A plus de 30 ans de la révolte de Paris et de la proposition des jeunes d'élever l'imagination au pouvoir, -proposition approfondie par C. Catoriadis dans sa dimension métapsychologique et culturelle-, nous devons faire face, en revanche, à ses spasmes. Spasmes de l'imagination qui entraînent la désillusion et le scepticisme. La perplexité augmente et produit un état angoissant d'isolement muet dans la panique.

Il s'agirait d'une dynamique de mauvais pronostic. Le Mal peut passer pour le Bien et le Bien pour le Mal, face à la douleur qui s'efface, et la parole qui tombe. Ce sujet isolé a besoin d'être reconduit, jusqu'à réussir sa réinsertion -par la voie de la sublimation - dans la trame sociale dans laquelle il se récupère avec la place du père comme soutien de la dynamique du désir. C'est l'homme social qui crée et recrée la culture, base de l'illusion freudienne de raison et de progrès, dans son caractère d'utopie structurante.

Ces reculs de la subjectivité et de l'imagination créatrice, aux mains du "réalisme" et du leurre déformé et trompeur des "contraintes de la vie actuelle", donnent lieu peu à peu à une pathologie déconcertante de fragmentations anesthésiantes, comme nous l' avons dit, et, à mon avis, à une augmentation des défenses de modalité schizo-autistes.

Il s'agit d'un troc par roque, dirait un joueur d'échecs, qui modifie la tendance pulsionnelle érotique, en la faisant "travailler au négatif", dérive qui peut être irréversible, qui se présente aussi comme échec dans la cure, face aux problèmes inhérents à l'élaboration de la bascule du narcissisme -vers le libidinal ou thanatique-, qui est déterminant dans le carrefour structurel en jeu entre "Deuil ou Mélancolie".

L'analyste se trouve dans ce champs de perplexités cliniques, sociales et techniques qui défient ses propres transferts protecteurs, articulés -à mon avis - dans trois champs référentiels identificatoires, qui soutiennent: un transfert au corpus théorique de l'œuvre de Freud, un transfert à l'Institution d'appartenance et un transfert à la communauté psychanalytique.

Il a besoin de trouver "la forme" adéquate pour "rendre analysable le manque de demande et l'angoisse muette". Tout s'ébranle. Et il se demande et se redemande que faire avec les névroses "narcissistes", les dénommées "nouvelles névroses actuelles" et le champ de la clinique de la "psychosomatique". Où se soutiennent sa pensée et sa technique psychanalytique face à cette clinique quotidienne multiforme? … Comment penser l'encadrement formel …, sa position comme analyste…, comment formuler les différences, si elles existent, dans ces champs et dans ces pathologies où "le transfert n'a pas l'air de s'établir"?

Freud établit la différence entre névroses de transfert et névroses narcissistes, ces souffrances "actuelles" semblent se situer dans une zone de superpositions et transitions entre les deux. "Bord" qui se situe précisément entre "entre les deux". L'analyste est de plus en plus convoqué à se placer - à mon avis - dans les trois champs ainsi définis, qui configurent à leur tour trois encadrements qui ont leurs fortes interactions et fluctuations pas très réglables.

Winnicott, clinicien des pathologies graves, a beaucoup à nous dire sur ce sujet. Aujourd'hui, nous le re-considérons encore davantage, avec la récupération de S. Ferenczi.

Les relectures s'imposent.

D'abord, explorer encore Freud avec notre "a posteriori" psychanalytique actuel.

-Cet aujourd'hui. (Malaise dans la Culture… Bien-aise dans la culture…)

On essaye de rapiécer ce miroir "crevassé" - qui n'est plus une limite-, avec de nouveaux objets. J. Baudrillard a fait beaucoup de recherches sur cette question.

L'angoisse confusionnelle guette et cherche à être soulagée.

Fétiches et leurres circulent dans une boulimie in-formatique d'images, d'objets et de valeurs qui, au moment de disparaître périssables, accélèrent le clivage, en allant vers la chronification des modèles de fragmentation. Apparaît alors l'autre face, l'anorexie, comme modalité de refus absolu face à la terreur de l'excès dévorateur infini et à la proximité excessive -sinistre- du fantasme de transgression … traversant le miroir d'Alice au pays des merveilles, l'inceste, la régression, et…souffre le travail de représentation et le projet identificatoire du Moi singulier, selon P. Aulagnier, qui assure la dimension du futur.

L'efficacité du plaisir de représentation cède, et recule face au plaisir d'organe; le travail d'Eros se désarticule face à ce genre de situations socio-culturelles.

Cet aujourd'hui, subit aussi la vague de suggestion médiatique introduite par cette nouvelle recherche insatiable /impossible. Chaque fois plus proche de l'agalmatique objet de l'énigme, à la recherche de "ce quelque chose de l'objet" du temps perdu de Proust, que, avec raison, on suppose placé dans ce bord entre virtualité et réalité, la série des objets mène de façon régressive vers le seuil de l'interdit, comme nous l'avons déjà vu.

Trop près du "familier sinistre", ce "entre" se situe " en-deçà et au-delà du miroir" des temps fondateurs du fonctionnement mental.

Dans la persécution de l'introuvable objet agalmatique -fétiche fondamental qui couvre le semblable du complexe du semblable de ces temps primordiaux-, nous voyons que certains phénomènes de la culture tendent à niveler dans la littéralité le "comme si" métaphorique du comportement du "jeu des sexes", et alors, la femme veut "l"'ETRE, tandis que l'homme veut "l" 'AVOIR. Ici, pouvoir, schizo-autisme narcissiste et immortalité se nourrissent à nouveau, bouleversant les nouveaux Macbeth.


- Les troubles - actuels?- de la pensée représentationnelle.

Certains de ces facteurs proviennent de notre manière -à ses débuts et pas très bien pensée- d'utiliser les technologies, qui assiègent "le temps de base" et les conditions de possibilité de la pensée représentationnelle. L'angoisse retourne à sa condition de névrose d'angoisse ou d'hystérie d'angoisse. Les parents, évitant leur condition de mortels, glissent de leur position d'interdiction et support de la loi. Il n'y a pas d'ordonnateurs clairs qui puissent être défiés.

Nous vivons dans cette phase ou interphase culturelle au gré d'une telle vitesse - un autre des axes de la problématique actuelle- qu'elle empêche que la raison arrive à temps, il se génère un état de crise persistante, dans laquelle les référents identificatoires ne peuvent qu'être pris en tant que dogmes ou bastions, ou bien menacent de se dissoudre face à l'influence accélérée de la complexité quotidienne et des rencontres traumatiques avec la pollution visuelle qui séduit jusqu'à la transgression.
Avec la crainte des différences qui invitent à la violence paranoïaque.
L'altérité en échec, confronte notre psychisme accablé par les différences de civilisations et valeurs qui "se voient" au cours d'un show vertigineux en "temps réel", dû à la globalisation, et presque sans temps pour y réfléchir.

-La fonction paternelle et le contrat social

En interaction permanente, les deux souffrent dans cette actualité fragmentaire une tendance négative. Leur dessin et leur trame s'estompent et s'effilochent, laissant la civilisation dans un état de détresse inquiétante et de désespoir toxique. Il est urgent de tisser - quelquefois seulement avec l'amertume et la désillusion -messages et discours, qui seront des messages de désinvestissement. Eros lutte contre le négatif.

Une chose différente est la réaction, le changement prospectif et la révolte.


J. Kristeva, (dans "La Nécessité de Révolte") coïncide pour signaler que cette nécessité de révolte, qui nous rappelle, comme nous le disions, Mai 1968 à Paris, serait en rapport avec le fait que "se perd et se viole continuellement le contrat, le pacte qui se trouve à la base de la société". "Rien n'a -nous dirions plutôt: rien ne soutient ou maintient - de valeur". Nous nous opposerons de même à l'impact d'un réalisme sauveur, correspondant à notre époque, quelquefois inculqué aux enfants dans l'éducation - selon O. Manonni -, réalisme qui surgit avec force dans le domaine de la santé mentale en donnant royauté à l'objet et à la nécessité, comme satisfaction sans désir. Le comportement schizoïde du faux Self s'accentue à mesure qu'il débilite, disions-nous, la valeur de la subjectivité et le caractère central du sujet.


La vitesse et ses déviations.

Certaines expressions indiquant la globalité -que nous avons déjà incorporées- sont des monosyllabes en anglais et montrent des allusions significatives à la légèreté, la brièveté, la superficialité et surtout à la vitesse et l'accélération. De même, ils sont porteurs d'effets qui, instillés, renforcent la tendance objectivante de certaines valeurs culturelles, en exerçant ainsi leur effet comme puissants référents identificatoires.

- Light
- Flash
- Show
- Fast
Soft
Surf (J.P. Sartre disait:¡”Glissez, mortels!¡N´appuyez pas”!)


-Du moi "virtuose" au "moi immortel": à l'abîme du moi virtuel

Entre le moi "virtuose" et le "moi immortel" surgit l'abîme. Gap au dessus duquel tente de flotter, effrayé et isolé, le moi d'aujourd'hui. Les passages rapides du moi "virtuose" - qui cherche des recours expéditifs lui permettant de surfer dans la "légèreté de l'être" dont parle Kundera, à la recherche toujours plus accélérée du désiré "moi immortel"- nous indiquent que dans la condition de "presque névrose actuelle" le virtuel collabore à "l'étourdissement", et prépare pour l'anesthésie de la souffrance, en séduisant avec la promesse de réaliser ce désir éternel de légèreté, qui prétend surfer sur le dés-ajustement qui nous constitue. C'est un état clinique qui défie la psychothérapie psychanalytique.

Glisser allègrement, presque sans support, est une caractéristique récurrente des cycles maniaques de la culture. Le succès du "Titanic" témoigne de l'angoissante perception de cette alternance presque prévisible. Mais maintenant, le contexte présente des coordonnées qui font que l'évolution de ces cycles soit plus difficile à prédire et plus implosive.

D'autre part, nous l'avons déjà dit, nous savons que la culture et la science offrent, comme toujours, des ressources importantes de progrès et de bien-être pour le présent et pour l'avenir de l'humanité. Ils donnent lieu aussi à ce que ces ressources puissent être abusivement exploitées pour combler ce désir d'immortalité et d'autosuffisance. Voilà notre vulnérabilité. C'est comme cela que naît la folie des crimes contre l'humanité, dans une série de glissements et de sophismes qui aboutissent à un changement qualitatif souvent irréversible, qui s'arrête seulement face à un holocauste.


-"Alice et le miroir". Entre le rêve, la rêverie, le fantasme et la vie.

¿…En-deçà… au-delà du miroir et du plaisir? Immergés dans ces effets inquiétants et dans d'autres, nous nous demandons, comme analystes, si les pathologies dans leurs formes actuelles surgissent parce que nous sommes en train de traverser technologiquement - sans le savoir et sans le chercher exprès -,les secrets de la complexité, dans les seuils du déchiffrement du mystère de la vie, ce qui affecte la façon encore mal connue les conditions de possibilité du fonctionnement mental, et produit un certain type d'incidences socio-culturelles qualitativement différentes et peut-être immaniables.

Ces circonstances, ressemblent-elles ou pas aux crises connues de l'humanité?

Nous nous trouvons dans le quotidien actuel, comme "Alice au pays des merveilles". Assiégés visuellement et confondus dans la virtualité du jeu du miroir. Nous y entrons et en sortons à toute vitesse en étant souvent "seuls", sans l'autre stable comme référent identificatoire antithanatique, et souvent aussi sans le temps minimum pour nous en "rendre compte".

En opposition, dans notre vie culturelle s'estompe progressivement ce qui est en rapport avec "l'expérience incarnée du théâtre".

Nous sommes convoqués -les intellectuels et la science contemporaine - à une compréhension "différente" et à un nouvel engagement d'action dans le champ de la culture et de l'interscience et dans la transmission de la psychanalyse comme dimension du sujet. Nous développons - comme nous le faisons aujourd'hui -, un travail qui veut signaler métapsychologiquement les points de rupture et les facteurs de risque actuel, actifs dans la trame fondatrice de la chose socio-culturelle, en les faisant connaître aux spécialistes, aux responsables du fonctionnement des institutions en général et aux analystes comme supports de la pratique et de la vie institutionnelle de la psychanalyse.

Nous voulons souligner aussi ses effets dans les formes cliniques actuelles de la souffrance, quelquefois portant seulement une nouvelle parure. D'autres fois, elles constituent des tableaux mixtes, très renforcés, nous l'avons dit, par la tendance actuelle, ce qui augmente la difficulté de leur abord et rend leur pronostic incertain.

Nous observons et nous dénonçons -déconcertés- qu'il existe un glissement de la norme sociopolitico-culturelle qui soutient que "les moyens dénoncent les buts", comme effet d'une complaisance légère (light), moue (soft), floue (show) et accélérée (surf) - vers sa réversion et sa négativisation mortifère qui admet que "la fin justifie les moyens".

L'incessant "Travail du négatif" (A. Green), répète "intra" ce qui se passe "extra-institutionnellement". Par cette voie s'introjecte la norme de la Panique…, tendance si actuelle!

C'est ainsi que les institutions sociales, et même les scientifiques, souffrent les effets de cette réversion qui reflète la panique latente propre de l'état de l'actualité, motivant le phénomène filicide/ fratricide sous-jacent aux tendances que nous soulignons.
La panique renforce la fragmentation et l'idée de survie à n'importe quel prix.


-Ce que nous proposons

Le conflit, existe-t-il dans le domaine des psychanalystes…? Y a t-il des différences? Bienvenues. Cette tension sert à nous structurer. Des jalousies et des rivalités?… Tant mieux. Nous sommes dans l'ordre générationnel du temps œdipien. Nous pouvons - si nous nous en rendons compte- nous amuser lors des pauses festives , dans lesquelles chacun peut se re-connaître dans la rencontre avec l'autre, nécessaire et plus ami qu'ennemi, en soutenons le "disenso curioso", en sachant qu'il n'existe pas un savoir absolu, complet, con-sacré, et que l'association triomphe, par la voie du pacte social. Et encore - Oh, surprise!- dans le terrain de l'économie et du marché, comme nous le voyons.

Quant à la transmission du corpus freudien, la connaissance ouverte créatrice ne s'acquiert pas par imposition. Elle se présente plutôt comme transmission perméable à la "surprise" - concept étudié par N. Goldstein - et à la découverte. La surprise, décrite par N. Goldstein avec des caractéristiques schizo-paranoïaque ou dépressive, constitue le patrimoine du jeu, la curiosité, la découverte et la présentation de l'inconscient, en transfert. La disposition à la surprise s'oppose au désir de certitude, et de prédiction, découvre et crée de nouvelles formes de faire face à l'inconnu, ou plutôt "connu pas encore pensé".

Les espérances et les convictions adoucissent la profonde souffrance humaine face au manque de certitude et à la connaissance de la finitude.

Cette source de dis-tension, plaisir et soulagement immédiat, qu'offre le truc de la pollution virtuelle visuelle accélérée, face à l'absence de l'"autre"charnel et sexué, se constitue comme état idéal, dans un méga leurre visuel actuel qui rivalise, depuis les fondements, avec le plaisir de contact d'ordre somatopsychique, et avec l'activité pulsionnelle qui veut s'imposer au psychisme comme "exigence de travail".

Ce sont des fonctionnements psychiques qui peuvent se truquer par substitution, comme nous l'avons vu avec O. Mannoni: la nécessité peut occuper la place du désir
Roque contemporain?


Ainsi, "dire" cette souffrance est impossible. (La clinique de l'angoisse muette).

La manipulation globale accélérée de la distraction, favorise le mécanisme de méconnaître ce qui est nié. Elle perd ce facteur propre de la souffrance, d'"être affecté", expérience de déplaisir protecteur vital.

Une fonction spécifique de l'analyste actuel - et de celui de l'avenir- est de savoir cela et de le faire savoir. Retrouver ce fragment -essentiel- de "souffrance" motrice, présente dans l'angoisse sociale et le faire apparaître aussi officiellement que possible. L'analyste, en tant que partie de la communauté, se doit à un engagement particulièrement sensible avec la psychanalyse, et dépend, pour exister comme tel, de ses auto-observations rigoureuses, méthodiques et fréquentes, pour démasquer constamment le déni, la destructivité et le jouissance, entendus comme masochisme essentiel et re-tournant dans l'actualité.

Pour cette raison, il convient de souligner que la présence de cette réflexion et de ce débat profond offert par la psychanalyse est encore pauvre et relative dans les forums du savoir, aussi bien que dans ceux des décisions éthiques globales, qui affectent ces complexités culturelles et le soutien présent et futur, aussi bien de la psychanalyse et de son corpus théorique clinique que de la communauté humaine.
La IPA se propose d'être active dans cette tâche.

Le moi-fonctions, la surprise et le projet identificatoire (P. Aulagnier) entretiennent des rapports complexes entre eux. Le Moi, dans le travail métaphorique-métonymique, se cherche et se soutient dans un état "entre" la veille et le rêve éveillé (R. Z. G. Chili 95 "S'entre-tenir, se tenir entre"). Aujourd'hui, il se trouve exposé au plus haut point à différents risques. Ces conditions actuelles sont diamétralement opposées au caractère du jeu enfantin et se rapprochent du destin fatidique décrit par A. Huxley dans "Un monde heureux"

L'inconscient est toujours irruption, surprise, manque de confort, bien qu'il s'agisse d'un "mal-aise" qui pousse…, amuse et crée infatigablement notre bien-être possible.

Le moi chercherait à lui seul "le bien-être", le "plus rapide et le plus économique". Il serait à la recherche de l'équilibre auquel fait référence M. Kundera, en fuyant la souffrance; le "principe de plaisir" freudien pourrait être mis au service de l'autodestruction de même dans la dimension communautaire, de façon masquée et partagée.


Fragmentation et survie

A mon avis, il est possible de reconnaître un Syndrome (que nous pourrions appeler) du Survivant, qui paraît correspondre à la panique de la psychologie des masses, décrite par Freud. Le sujet tend à accentuer des mécanismes de dispersion et de fragmentation, en faisant appel à la dis-traction et à l'anesthésie pour donner lieu à une organisation psychopathologique qui semble être une réponse à cette conjoncture, basée aussi sur la fragmentation de l'expérience et dans l'esprit de survie.

Pour conclure je dirais que:

Aujourd'hui, la psychanalyse est Artisanale, ou elle n'est pas.

Dans l'ère de la rationalité, du réalisme et de l'adaptation "nécessairement"? réussie -dans laquelle est de plus en plus notoire cette substitution du désir par la nécessité- les entités: névrose, psychose et néo-sexualités apparaissent de plus en plus imbriquées et en passe-passe, par l'action des effets pathogènes de nos conjonctures socio-culturelles. Et la position des psychanalystes, dépend de l'élasticité de son artisanat quotidien, où le centre est toujours l'imagination comme activité psychique fondamentale d' Eros.